GEORGE GREEN: MEUNIER ET MATHEMATICIEN

C'est en 1793 que naquit George Green, fils unique d'un boulanger de Nottingham. Dès son plus jeune âge, George Green se passionna pour les mathématiques. Il avait huit ans lorsque son père l'inscrivit à la meilleure académie de Nottingham, dont le directeur était fier de son savoir scientifique et de sa 'collection d'instruments philosophiques'. Après seulement quatre trimestres, ses instituteurs se rendirent compte que les connaissances mathématiques du jeune George surpassaient déjà les leurs! Le père Green retira alors son fils de l'école pour le faire travailler dans sa boulangerie. En 1807 le boulanger fit construire un beau moulin à Sneinton, un village à cette époque en dehors de la ville. Dix ans plus tard le boulanger, devenu maintenant meunier, fit bâtir une maison à côté du moulin et la famille s'y déménaga.

A l'âge de trente-sept ans, notre meunier-mathématicien s'abonna à une bibliothèque privée de Nottingham, qui comptait parmi ses membres un nombre des gens cultivés de la ville; médecins, avocats, clergé et professeurs, ainsi que des représentants des familles importantes et des commerçants prospères. Ce n'etait probablement pas peutêtre pour les quelques livres scientifiques que contenait la bibliothèque (et qui, à vrai dire, n'étaient guère au niveau des connaissances de Green, à l'âge qu'il avait) que Green se fit membre, mais probablement plutôt pour l'interêt et la sympathie de ses gens de culture qui encourageaient le meunier, homme de métier, et assez isolé dans son milieu. Il y avait à Nottingham en ce temps-là, une vive curiosité en tout ce qui concernait les découvertes et les explorations scientifiques: on faisait part aux discussions, on assistait aux conférences, on s'abonnait à des bulletins scientifiques.

Cette ambiance favorisait le travail de Green et le soutien de ses amis lui permit de publier à Nottingham en 1828 son premier ouvrage: 'Un Essai sur l'Application de l'Analyse Mathématique aux Théories de l'Électricité et du Magnétisme'. Une cinquantaine des membres de la bibliothèque souscrivirent à la publication.

Un souscripteur plus prestigieux, Sir Edward Bromhead, de Lincoln, et lui-même un mathématicien qui avait fait ses études à l'Université de Cambridge, reconnu l'originalité de cette oeuvre. Il offrit de faire publier d'autres mémoires de Green dans les bulletins des sociétés scientifiques de Cambridge et d'Edimbourg. Green, après la mort de son père en 1829, trouvant qu'il pouvait vivre de ses rentes, se dégagea de la responsabilité du moulin et, encouragé par Bromhead, se remit à ses études en mathématiques. Il produisit trois mémoires, dont un fut publié dans les Transactions de la Société Royale d'Edimbourg, (dont Bromhead était membre) et deux dans les Transactions de la Société Philosophique à Cambridge, (où Bromhead avait des amis). C'est ainsi que l'oeuvre de Green était dorénavant accessible aux mathématiciens à des Universités et ailleurs.

En 1833, à l'àge de quarante ans, Green se fit inscrire comme étudiant à l'Université de Cambridge, et soutenu par son patron, Bromhead, entra dans le Collège de ce dernier, celui de Gonville et Caius. N'ayant pas reçu de sa jeunesse un enseignement assez varié ni prolongé, Green dut faire des études en latin et en grec, avant de prendre sa Licence. En mathématiques, discipline principale à l'Université à cette époque, il fut reconnu comme un des premiérs mathématiciens de Cambridge, bien qu'il ne fût classé que quatrième en ordre de mérite dans l'examen final de 1837.

L'ambition de Green était, paraît-il, d'être nommé 'Fellow' de Caius College, ce qui lui permettrait comme agrégé, de continuer en résidence à Caius et de poursuivre ses recherches. Déjà les Transactions de la Société Philosophique de Cambridge avaient publié en 1838 et 1839 six mémoires de Green, dont cinq contenaient de nouvelles études sur le son et la lumière. Finalement, en Octobre 1839, Green fut élu Fellow du Collège, mais il n'y resta que quelques mois de plus. L'année suivante, il retourna à Nottingham, 'souffrant', comme nous raconte son cousin et beau frère, William Tomlin, 'et avec la conviction qu'il ne se guérirait de sa maladie, ce qui fut verifié en un peu plus d'un an aprês par son décès le 31 mai 1841'. Il fut enterré dans le même tombe que ses parents dans la cimetière de l'Eglise de Saint Stephen â Sneinton, prèsqu'en face de son moulin.

A cette époque, il fallait être célibataire pour être nommé Fellow d'un Collège à Oxford ou à Cambridge. C'est peut-être pour cette raison que George Green n'épousa pas la mère de ses sept enfants. Elle était Jane Smith, fille du meunier employé par le père Green, qui, dit-on, n'aurait pas favorisé le mariage. En face de ces prohibitions, Green ne légitima pas ses enfants, ce qui leur causait des ennuis plus tard. Néanmoins ils se trouvaiant tous bien pourvus à la mort de leur père. Le survivant de ses deux fils, George, fit ses études en mathématiques à St. John's Collège à Cambridge, mais se suicida à Londres en 1870. La cadette des sept enfants, Clara, mourut en 1919 à l'hôpital des pauvres à Nottingham, une vieille femme de 79 ans, fière, solitaire et eccentrique. L'aînée de la famille, Jane, fut la seule d'avoir des enfants. Les descendants de son fils, George Green Moth, n'ont été identifiés que ses dernières années.

La mort assez obscure du mathématicien, et les circonstances équivoques de la famille, ont assuré, parèit-il, la disparition de tous ses papiers et de ses possessions personelles. Il n'éxiste pas un portrait de Green. C'est pour rétablir la mémoire de cet illustre mathématicien, que des membres de l'Université de Nottingham out eu l'idée de restorer son moulin, idée qui a été pleinement réalisée par la Corporation de Nottingham.

Et qu'est devenue l'oeuvre de Green? Heureusement ses neuf mémoirs, publiés à Cambridge et à Edimbourgh, continuaient à circuler parmi les savants. Son premier et plus important ouvrage, l'Essai de 1828, était tombé dans l'obscurité, mais, grèce à un évenement imprévu, son importance fut reconnue par le jeune William Thomson (qui devint plus tard Lord Kelvin). Ce fut en 1845, quatre ans après la mort de Green. Au cours de sa longue vie - il mourait en 1909 - Kelvin s'enthousiasmait pour l'oeuvre de Green et faisait beaucoup pour la faire répandre.

En mathématiques, les fonctions et le Théorème de Green fournissent des moyens indéspensables pour résoudre des problèmes de toutes sortes. En physique, Green introduisit ou affina des théories qui portaient sur des phénomènes scientifiques. Ses concepts et ses mathématiques sont employés par des savants partout dans le monde. Les fonctions de Green en particulier ont été introduites dans la mécanique du quanta et employées depuis en différentes branches de la physique. En plus de la restoration du moulin, oÙ travaillait Green comme meunier, on a aussi établi un Centre scientifique qui réflète son rôle de mathématicien-physiciste. Là, se trouvent des machines et des modèles qu'on peut faire fonctionner, et qui illustrent les facultés de l'éléctricité, du magnétisme, du son, de la lumière, tous les phénomènes que Green recherchait dans son ouvrage. Les enfants viennent jouer et s'émerveiller dans ce musée, consacré à la mémoire de Green: les savants viennent lui rendre hommage.

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